| INTERVIEW DE MR AGBEYOME KODJO ANCIEN PREMIER MINISTRE, PRESIDENT NATIONAL OBUTS ACCORDEE A GOLF INFO |
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GOLF INFO: Votre parti a inauguré, il y a quelques semaines, un nouveau cycle de prières pour implorer la bénédiction divine sur le Togo. Que vaut une telle posture religieuse dans un contexte politique togolais où tout semble figé depuis mars 2010 AMK : Le Togo est pris dans un tourbillon de crise multicéphale à issue incertaine qui plonge la population dans la désespérance la plus totale. Si la Constitution de la République a consacré la souveraineté de Dieu, les postures des acteurs sociopolitiques sont loin de le refléter. Dans notre contexte politique actuel où les valeurs morales sont effondrées avec l’absence de repères fiables, la via dolorosa du Peuple togolais nous semble aussi son chemin de lumière. En ce sens, rien n’est plus sûr et édifiant au cœur de notre indicible désespérance que notre rencontre avec nous-mêmes et Dieu.
C’est donc nos limites humaines qui nous font découvrir humblement l’enjeu éminemment spirituel de la vie qui commande d’être en phase avec Dieu pour triompher de l’aliénation destructrice des puissances de ce monde. Ainsi la proclamation par OBUTS le 26 février 2011 d’une journée nationale de jeûne et de prière le 26 de chaque mois s’inscrit dans une humble logique de réconciliation des togolais avec eux-mêmes et Dieu pour la délivrance du Togo. Les bouleversements majeurs qui ont affecté le monde ce premier trimestre de la deuxième décennie du 21e siècle nous convainquent davantage que seule la conjonction de nos fragiles moyens humains avec la grâce divine peut faire bouger les lignes de l’immobilisme, et permettre le retour de la confiance nécessaire pour une issue heureuse et porteuse de lendemains meilleurs de la triple crise éthique, identitaire et managériale à laquelle est gravement confronté notre pays depuis plusieurs décennies. GOLF INFO: Depuis le Congrès extraordinaire de votre parti en janvier 2011, qu’est-ce qui est au menu de l’actualité de votre formation politique ? AMK : Le Congrès extraordinaire du 15 janvier dernier a scellé la résurrection du parti après la honteuse tempête politico-judiciaire de déstabilisation qu’il a dû affronter. Notre ligne politique n’a pas changé d’un iota ! Invariablement, nous sommes résolument engagés pour que l’éthique soit au cœur de l’action politique en vue d’un changement radical de gouvernance pour soulager notre peuple de la misère déshumanisante, lui rendre sa dignité bafouée et lui redonner confiance en l’avenir. A nos yeux, cela passe inéluctablement par des mesures d’urgence pour ramener la confiance et relancer la consommation, de même que des réformes institutionnelles et constitutionnelles courageuses. C’est dans cette optique que nous avons exigé face au dernier virage de trop du Pouvoir RPT/AGO le retrait sans condition du projet de loi liberticide et anticonstitutionnel sur les manifestations publiques, de même que la démission de Faure GNASSINGBE qui s’est totalement disqualifié pour continuer par présider les destinées de la Terre de nos Aïeux. GOLF INFO: Il y a un an, vous participiez à la présidentielle. Vous déclariez plusieurs mois après ce scrutin que cette joute électorale a plutôt enfoncé le Togo dans la crise, au lieu de l’aider à en sortir. M. Kodjo, qu’est-ce qui bloque fondamentalement la résolution des interminables différends politiques au Togo ? AMK : L’observateur le plus avisé, en analysant de près la situation politique togolaise depuis plusieurs décennies dira comme vous que les différends politiques sont interminables. Cependant, la réalité est que le Togo est pris en otage par une Nomenklatura insatiable, prête à consentir des parodies de dialogues pour que rien ne change ! Le manque de volonté et de courage politiques est patent ! L’intérêt supérieur de la Nation est loin d’être le souci majeur de la classe politique empêtrée dans de vils calculs politiciens qui hélas étranglent dans leur quotidien l’écrasante majorité de Togolaises et de Togolais ! GOLF INFO: Des sondages internationaux vous créditaient d’un bon score au cours de la présidentielle de mars 2010. Les résultats officiels ont été autres ! M. le Premier ministre, quelles stratégies concrètes et urgentes doit-on mettre en place pour organiser dorénavant des élections justes et libres au Togo ? AMK : Les hold-up électoraux sont tellement récurrents au Togo que les résultats officiels ne sont plus d’aucune crédibilité. Notre véritable score à cette présidentielle n’échappe guère au RPT dont la surprise et la peur sont à la mesure de la forfaiture politico-juridique orchestrée contre notre parti pour le dissoudre après avoir vainement tenté de nous associer au Gouvernement de large ouverture et de grande compétence (GLOC). OBUTS est résolument engagé dans un combat de longue haleine dont la noblesse de vue ratisse plus large que les indécents et ridicules scores électoraux que les vampires de la République tentent de nous coller pour conserver leur mainmise méprisante sur la destinée de tout notre peuple. Afin de circonscrire cette malhabile et malhonnête inclination du pouvoir, nous avons mis sur pied au lendemain du hold-up électoral de mars 2010, un mouvement citoyen, le CVU (Collectif pour la Vérité des Urnes). Ce collectif a fait une série de propositions pour des élections libres, justes et démocratiques dont OBUTS a fait large écho. Face à l’imposture et à l’autisme du pouvoir RPT/AGO ainsi qu’aux brimades infligées à la population, Faure GNASSINGBE s’est totalement disqualifié. Il importe qu’il prenne toute la mesure de la situation qui prévaut, en démissionnant afin d’induire un profond aggiornamento, seul susceptible de remettre le pays sur les rails de la vérité des urnes et des comptes publics, de la démocratie, du développement, de la création de la richesse et de la prospérité partagée. GOLF INFO: Obuts a été le seul parti à reconnaître la victoire de Fabre lors de la présidentielle de mars 2010. Depuis la naissance de l’Anc, l’eau a coulé sous le pont. Depuis le 12 novembre 2010, vous appelez à une « union de toute l’Opposition togolaise ». Quels sont les échos que votre appel a eus, à ce jour ? AMK : Il y a une convergence de vue encourageante sur la nécessité de l’union de toute l’opposition togolaise afin que le changement et l’alternance démocratique tant souhaités soit une réalité pour les Togolaises et les Togolais. Ce qui semble de toute évidence l’objectif commun de tous les partis politiques de l’opposition. Les approches pour y parvenir sont différentes. Toutefois, il y a un socle commun sur lequel nous travaillons tous, et qui nous permet d’être optimistes quant à la concrétisation de l’union de toute l’opposition togolaise. L’union est le seul levier par lequel nous bougerons les lignes de l’immobilisme politique et de l’inacceptable au Togo, et je me réjouis de ce que la plupart des acteurs sociopolitiques en sont de plus en plus convaincus. GOLF INFO: Quels arguments comptez-vous brandir pour convaincre les autres partis de l’Opposition, qui n’ont pas reconnu comme vous la victoire Fabre lors du dernier scrutin présidentiel au Togo à rejoindre « l’union sacrée » souhaitée ? AMK : La situation de détresse de la population togolaise suffit à motiver les uns et les autres à aller vers une « union sacrée » comme vous le dites si bien, afin d’ouvrir une nouvelle page de l’histoire du Togo. Le contraste de l’opulence et de l’arrogance de la Nomenklatura insatiable et la misère déshumanisante de l’écrasante majorité de la population, est en soi un signe de profonde détresse constitutif d’un appel inconditionnel à l’union de toutes les forces démocratiques. Les tunisiens et les égyptiens viennent de nous le prouver de façon édifiante ces dernières semaines, et leur exemple nous interpelle gravement ! GOLF INFO: En tant qu’ancien directeur de société, ministre, président de Parlement, Premier ministre, quel bilan sommaire peut-on dresser de la première année du second quinquennat de Faure GNASSINGBE ? AMK : Pour un second mandat usurpé comme le premier, Faure GNASSINGBE aurait pu mieux faire en réconciliant les Togolais avec eux-mêmes et avec leur histoire. Sur ce point l’échec est cuisant et malheureusement affligeant pour lui sur le plan familial avec l’embastillement éhonté du député Kpatcha GNASSINGBE et ses coaccusés depuis environ 24 mois contrairement aux principes du droit. La gouvernance politique du Pouvoir RPT/AGO s’inscrit dans la même continuité que celle des cinq dernières années malgré tout le tintamarre fait autour de l’atteinte du point d’achèvement de l’initiative PPTE. La désespérance sociale est à son comble tandis que se poursuit le pilotage à vue, et que s’approche à grands pas la saison pluvieuse qui risque d’accentuer davantage la détresse de nombre de familles. Le panier de la ménagère est déchiqueté par le phénomène de la vie chère, et les produits de première nécessité de même que les soins de santé de base sont quasi inaccessibles à la majorité de nos compatriotes. Les réformes constitutionnelles et institutionnelles, seules susceptibles d’imprimer une nouvelle marque à sa gouvernance politique se font attendre. Dans ces conditions, la gabegie, les trafics de tout genre, la corruption, le trafic d’influence, l’opacité dans la gestion des deniers du pays ne se sont jamais aussi bien portés. A cela s’ajoutent les violations répétées des droits humains et constitutionnels, en témoignent la répression aveugle des manifestations pacifiques de l’opposition et de la société civile, les coups de force politico-juridiques variés dont l’expulsion arbitraire du parlement de neuf députés apparentés ANC, la fermeture arbitraire des radios privées, les procès contre les journaux proches de l’opposition, la violation systématique des règles élémentaires de droit dans les affaires judiciaires dans le pays. Quant aux affaires sous régionales dont notre pays à la charge avec la présidence de l’UEMOA, Faure GNASSINGBE brille par son absence révélatrice de son incompétence avérée au moment où se profile à l’horizon une grave crise socioéconomique et financière avec l’impasse politique en Côte d’Ivoire. Il est clair qu’il ne peut faire mieux ! D’autant plus que le souci du bien être collectif et du meilleur vivre ensemble est de loin sa préoccupation première. GOLF INFO: Sur l’échiquier politique togolais, avant « l’affaire Kpatcha », on vous présentait aussi bien proche de Faure que de Kpatcha. M. Kodjo, cela fera bientôt deux ans que K. GNASSINGBE est détenu sans jugement. Quelles incidences fâcheuses a eu et continue d’avoir « l’affaire Kpatcha » sur la gestion de l’Etat togolais ? AMK : J’avais avant le printemps 2002, de bon rapport avec les deux. D’abord ils sont les enfants du Chef de l’Etat avec qui j’ai collaboré dans le cadre des différentes responsabilités que j’ai assumées dans notre pays. Ensuite, Kpatcha GNASSINGBE était Directeur Général de la SAZOF au moment où j’étais le Chef de l’Administration Portuaire, tandis que Faure GNASSINGBE était député lorsque j’assumais les fonctions de Président de l’Assemblée Nationale. Cependant, avec le temps, l’eau a coulé sous le pont de nos relations. Cela étant, si j’étais proche de Faure GNASSINGBE, il ne m’aurait pas refusé mes droits élémentaires dus aux fonctions d’Etat que j’ai assumées pour la République. Faure GNASSINGBE me refuse les services de sécurité, les visas pour mes déplacements à l’étranger, et le remboursement des dépens dans le ridicule procès de détournement de denier public que j’ai gagné contre l’Etat. C’est un véritable déni de justice que l’incarcération de KPATCHA et compagnies, arbitrairement détenus sans jugement et au mépris aussi bien des règles élémentaires de la présomption d’innocence que de l’habeas corpus. Il n’est pas trop de dire que cette affaire a accentué le malaise au sein du RPT et de l’armée même si les apparences sont trompeuses. Elle a entraîné une véritable crise de confiance au sein du pouvoir, et relevé plus que jamais que la justice togolaise demeure le fait du Prince. Tant que la justice sera instrumentalisée et que l’impunité sera assurée pour certains dans le pays, il ne sera pas étonnant que la misère soit la chose la mieux partagée pour l’écrasante majorité des togolais, et que l’éthique ait totalement déserté le champ de l’action politique sur la Terre de nos Aïeux. GOLF INFO: En tant qu’économiste de formation et ancien haut responsable de l’Etat togolais, quelle lecture critique faites-vous des différentes dotations contenues dans le budget gestion 2011 du Togo? AMK : Le Budget Général de la Nation est faible et aucun observateur avisé ne peut me contredire. Comment peut-on nous faire croire que Faure GNASSINGBE incarne la bonne gouvernance ? Le niveau normal de notre budget pour la loi de finance 2011 pourrait se situer au minimum à 1000 Milliards s’il y a une volonté politique de traquer les fonctionnaires indélicats et d’assainir les pratiques peu orthodoxes des régies financières. De la faiblesse du budget à un niveau injustifiable, correspond les dérisoires montants alloués à la Santé, l’Education, la Recherche, la Formation Professionnelle, et l’Agriculture. C’est cette situation qui explique les salaires et les pensions faibles maintenus à dessein, peut-on dire, dans le cadre d’une politique scélérate consistant à entretenir la pauvreté intellectuelle et matérielle de la population pour mieux l’assujettir. GOLF INFO Parlons toujours du budget 2011. Un pays moins avancé comme le Togo peut-il se permettre de construire un bâtiment de la Cour des comptes à 1 milliard de FCFA, la construction d’une murette et d’une grille au CASEF pour 194 millions de FCFA, d’allouer 320 millions de FCFA pour l’animation et l’entretien des sites web officiels, etc. ? AMK : C’est la preuve de la bonne gouvernance incarnée par le prétendu leader nouveau qui peut s’offrir deux véhicules MAYBACH dont le coût avoisinerait le salaire mensuel de tous les agents de l’Etat. Il ne s’agit ni plus ni moins de crimes économiques sur lesquels devrait se pencher sérieusement la Cour des comptes ! GOLF INFO: Vous faites partie des politiques qui répètent souvent que la prospérité du Togo peut être fondée sur une meilleure et rigoureuse gestion des recettes portuaires, fiscales et douanières. De l’avis de plusieurs spécialistes du monde économique, on était en droit d’attendre plus de l’apport de ces trois secteurs dans le budget 2011. Réaction… AMK : Les ressources de l’Etat sont nourries essentiellement par les recettes douanières et fiscales. L’aide extérieure dépend de la qualité de la gouvernance économique et politique. Au niveau de ces deux régies, la mobilisation n’est pas à la hauteur des potentialités dont dispose le Togo. Comment expliquer qu’en 2009, le Budget Général du Togo est l’équivalent des recettes douanières du Bénin sur la même période ? Les raisons de cet écart sont connues mais personne n’ose en parler, pour ne pas s’attirer les foudres du Prince… Plus que jamais s’impose l’exigence de vérité des comptes publics pour la prospérité partagée, ce que ne cesse de clamer le CVU dont OBUTS se fait l’infatigable porte parole dans le landernau politique togolais ! GOLF INFO: Dans un contexte socio-économique local fait de dépenses aussi folles, que « peut encore espérer » les Togolais de leurs dirigeants (pour paraphraser le nom de votre brûlot datant de 2002) pour obtenir la justice, la paix et le progrès qu’ils souhaitent? AMK : Il faut encore espérer un sursaut de crainte de Dieu et d’Amour du prochain qui seuls peuvent ouvrir rapidement la voie au changement et à l’alternance démocratique en vue de la prospérité partagée. Désespérer totalement serait abdiquer face au crime et à l’inacceptable au Togo ! GOLF INFO: A Obuts, quelle lecture critique faites-vous du « Lomé est en chantier » qui est censé offrir un autre visage à la capitale togolaise ? AMK : Nous l’espérons ! Pour l’heure, c’est un véritable cauchemar pour les habitants de Lomé, surtout pour les riverains, les commerçants et les artisans. Comment comprendre que de si importants travaux puissent être entrepris sans qu’il ne soit prévu des mesures préventives pour les professionnels du bâtiment, de même que des déviations conséquentes pour garantir une bonne circulation dans la ville ? De plus, il est inacceptable d’offrir un autre visage à la capitale togolaise au mépris des principes directeurs contenus dans les recommandations sur l’éviction forcée et les droits humains. C’est encore une triste preuve que toutes les prouesses de Faure GNASSINGBE sont sans cesse aux dépens du bien être de ses compatriotes ! Par ailleurs nous insistons sur le fait que les expulsions d’habitants pour nécessité publique doivent se faire avec humanité pour éviter des souffrances excessives à nos concitoyens. En somme, ces travaux rendus nécessaires par l’état calamiteux de nos infrastructures routières, ne doivent être ni l’occasion de dilapidation des deniers publics au travers de crimes économiques, ni un rendez-vous de violations de droits humains par des évictions forcées, ne prenant en compte des indemnisations adéquates. C’est pour nous l’occasion de rappeler l’impérieuse nécessité de l’éthique au cœur de l’action politique sur la Terre de nos Aïeux. Je vous remercie.
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AMK : Le Togo est pris dans un tourbillon de crise multicéphale à issue incertaine qui plonge la population dans la désespérance la plus totale. Si la Constitution de la République a consacré la souveraineté de Dieu, les postures des acteurs sociopolitiques sont loin de le refléter. Dans notre contexte politique actuel où les valeurs morales sont effondrées avec l’absence de repères fiables, la via dolorosa du Peuple togolais nous semble aussi son chemin de lumière. En ce sens, rien n’est plus sûr et édifiant au cœur de notre indicible désespérance que notre rencontre avec nous-mêmes et Dieu.





