LE TOGO DE DEMAIN PDF Imprimer Envoyer

LE TOGO DE DEMAIN

INTRODUCTION

En cette période grave de l’histoire de notre pays, secoué jusqu’au tréfonds de son âme, par de terrifiantes épreuves, nous venons en toute simplicité et dans l’amour des togolaises et des togolais, héritiers d’une même patrie et citoyens d’une même République, soumettre à votre adhésion ce projet de société, que nous avons voulu réaliste, dépouillé de toute prétention exclusive, avec pour seule ambition de nous conduire à bâtir notre pays dans l’union et la solidarité.

Ce projet veut répondre à quatre objectifs :

Faire prendre conscience de la situation de l’Afrique dans l’histoire universelle, des effets des grandes mutations de notre temps sur le devenir de notre continent et singulièrement de notre pays, de l’urgence de l’Unité africaine comme voie de salut pour les peuples africains ;

Proposer un projet de société fondée sur la solidarité citoyenne,

Rassembler les togolaises et les togolais dans un grand mouvement,

Bâtir dans l’Union un Togo solidaire ;

I- FAIRE PRENDRE CONSCIENCE

« A conscientia principium »

Au commencement de toute action est la prise de conscience qui permet à l’homme d’agir en toute connaissance de cause et en toute indépendance. Plus que jamais, une telle exigence s’impose à l’action politique.

1.1- Prendre conscience de la place de l’Afrique dans l’Histoire Universelle

L’Afrique, notre Continent, en dehors de ses richesses connues et convoitées, demeure le berceau de l’humanité et l’un des tout premiers foyers de civilisation dans le monde. La contribution de l’Égypte pharaonique et de la Nubie à la civilisation de l’Universel ne souffre aujourd’hui d’aucune contestation. Non seulement elles ont fécondé les autres cultures dans le domaine de la pensée mais elles ont aussi grâce à leurs richesses, notamment l’or, contribué à l’essor de l’économie mondiale de sorte qu’on reste perplexe devant le retard actuel de notre continent face aux autres régions du monde.

Un coup d’œil rétrospectif sur l’histoire de l’Afrique permet d’en inférer que plus de discontinuités et de ruptures que de continuités ont pesé lourdement sur le devenir de notre continent : discontinuités culturelle, scientifique, technologique entre la civilisation Egypto-nubienne ancienne et les premières formations Étatiques médiévales, Les Empires du Ghana, du Mail, de Songhaï, du Kanen-Bornou ; ruptures de près de 4 siècles entre ces formations étatiques et les Etats nations hérités de la colonisation. Les effets de la traite, l’échec des résistances des conquérants africains aux 18è et 19 siècles, les effets de la domination coloniale, en disent long sur le retard actuel du continent africain. Lorsque les autres régions du monde sous domination coloniale, notamment l’Asie, recouvrent leur liberté au XXe siècle, elles renouent avec des cultures et des structures sociales et politiques demeurées intactes.

Seule l’Afrique, dépecée du 12 janvier 1869 au 3 juin 1907 par trente(30) traités de délimitation entre l’Angleterre et le Portugal, vingt cinq(25) entre l’Angleterre et l’Allemagne, deux cents quarante neuf(249) avec la France et trois cent quarante quatre(344) entre la France et les Chefs africains perd ses anciens repères est contrainte d’affronter les défis du monde à travers le prisme déformant de ses anciens dominateurs. Le sursaut des élites à travers les mouvements millénariste tels le Kimbanguisme et les églises éthiopiennes, les idéologies du panafricanisme et de la négritude et l’action syndicale n’a pas permis d’engendrer une âme africaine c’est à dire une individualité historique africaine.

Qu’est-ce à dire ? Au vrai, il apparaît clairement que le changement est un processus cumulatif, régulier et continu, trois exigences que l’on chercherait en vain dans l’évolution de l’Afrique et que confirme à satiété l’histoire politique de nos Etats, ces quarante dernières années.

1.2- Prendre conscience des effets des grandes mutations sur notre devenir

1.2.1- L’Afrique

Il semble que l’Afrique éprouve des difficultés à assimiler la structure du XXe siècle dominée par la mondialisation et qui est fondée sur trois facteurs clés : la science, la technologie et le marché. La Science pour comprendre le monde, la technologie pour entreprendre et le marché pour vendre. Or dans ces trois domaines, les mutations du XXè siècle sont considérables. Aujourd’hui une découverte cache une autre et les applications technologiques se succèdent à une vitesse que seules les nations industrialisées sont en mesure de maîtriser et d’utiliser à leur profit. De nombreuses découvertes sont venues depuis des décennies modifier totalement la compréhension de la nature par l’homme, dans les Sciences de la terre et de la vie, en Astrophysique avec ses prolongements philosophiques sur la présence de l’esprit dans la matière. La mondialisation, c’est aussi la dématérialisation des échanges économiques mondiaux, le règne de la spéculation et l’aggravation des déséquilibres structurels entre les pays développés et les pays moins développés. Là se réalisent les ¾ des investissements directs étrangers (IDE) mondiaux par le jeu des fusions-acquistions. Ici, à part la Chine, l’Inde et le Brésil, c’est la privation avec son cortège de projets morts nés, de spoliations à peine déguisées, de gaspillages faramineux. Avec moins d’un Euro par jour, les 2/3 de l’humanité sont condamnés à survivre dans un monde qui ne leur reconnaît aucune dignité ; Criminalisation des relations sociales et de l’économie rythme avec violences de toutes sortes que la drogue, le trafic des armes et des devises, le trafic humain transfrontalier rendent chaque jour un peu plus insupportables. C’est dans cet environnement dantesque que se meurt notre Continent qui n’a ni les hommes ni la volonté et surtout la vision du monde de se faire violence. Depuis 40 ans, nos états ont tout essayé seuls et/ou avec les pays développés et les institutions du système des Nations Unies. Il y eut des réussites sectorielles éphémères parce que mal intégrées à l ‘environnement socioculturel de nos pays mais surtout des échecs spectaculaires si l’on se réfère aux éléphants blancs des années 70 et 80, au poids de l’endettement extérieur, à la persistance des maladies endémiques, aux crises politiques à répétition, expressions de l’immaturité

des classes dirigeantes, aux conflits inter étatiques et interethniques, aux diverses menaces géopolitiques issues du 11 septembre 2001, à l’accroissement de la pauvreté. Pourquoi tant de gâchis avec des potentialités énergétiques, minières et agricoles à faire pâlir d’envie n’importe quel pays ? Un début de réponse, c’est la distorsion aggravée qui existe entre les cadres étatiques promus depuis le début des années 60 comme cadres privilégiés des politiques de développement d’une part, les logiques et les comportements qui sous-tendent ces politiques d’autre part. Aujourd’hui, il n’est plus possible de diriger nos pays comme au début des années 60. A l’ère de la révolution informationnelle et de la complexité des processus de décision, ce sont des équipes compétentes, opérant par objectifs, dans la diversité et la complémentarité des intelligences qui sont appelées à provoquer les modifications de structure nécessaires au changement.

1.2.2- Le Togo, vaste tableau d’anachronismes

Par rapport au temps du monde rythmé par de profondes mutations scientifiques, techniques, économiques, culturelles et sociales, bref par l’émergence d’une nouvelle civilisation, notre pays apparaît comme un vaste tableau d’anachronismes : l’Etat, les infrastructures socio-économiques, l’environnement, l’appareil de production agricole et industriel, voire la dignité des togolais. La pauvreté est partout présente, affectant près des 2/3 de la population. La dégradation des infrastructures socio-économiques, la baisse de la qualité de l’enseignement en dépit des efforts des populations, le ravage des maladies endémiques et du SIDA, l’impact du niveau élevé de l’endettement public et les effets persistants du poids des sanctions sur les capacités d’intervention de l’Etat sont autant d’indices éloquents.

Sur le plan économique contrairement aux idées reçues, l’économie togolaise est demeurée atone depuis le début des années 60 jusqu’à nos jours. En effet le taux de croissance du PIB réel par habitant est resté faible passant de 2,6% de 1965 à 1969 à 1% de 1970 à 1979. Au cours de la décennie 80, ce taux est négatif soit moins 1,4% pour remonter légèrement à 0,4% entre 1990 et 1997. D’une valeur de 3,5% en 1998, ce taux est passé à 0,5% en 1999. De 2000 à 2006, ce taux s’établit respectivement à -3,3% en 2000 ; -0,6% en 2001 ; 0,3% en 2002 ; -0,6% en 2003 ; 1,8% en 2004 ; - 1,4% en 2005 ; 1,8% en 2006 ; 0,6% en 2007. Les projections pour l’année 2008 donnent un taux de croissance de 0,4%. Ainsi il est manifeste que l’économie togolaise se caractérise par une faible capacité de création de richesses.

Une analyse comparée de l’évolution de l’épargne intérieure brute en % du PIB et de l’investissement révèle un net déséquilibre en faveur du dernier ratio depuis le début des années 70. Excepté la période 1965-1969 au cours de laquelle le premier ratio est supérieur au second de 9,1%, il est inférieur de 0,4%de 1970 à 1979, de 7,2% dans la décennie 80 et de 7,4% dans la décennie 90. Le taux d’investissement du secteur public est passé d’une moyenne annuelle de 9,5% du PIB entre 1983 et 1990 à 3,3% entre 1990 et 1999, à 2,6% entre 2001 et 2005 contre un taux requis d’au moins 25%. Il importe aujourd’hui d’inverser cette tendance lourde par une politique économique nouvelle (PEN) en redonnant confiance aux togolais et aux investisseurs étrangers dans des dirigeants démocratiquement élus.

Sur le plan social, les secteurs de l’éducation et de la santé connaissent d’importantes difficultés. Le taux de déperdition entre tous les degrés d’enseignement atteint les 68%. En 2001, à l’école primaire, les élèves assimilaient 35 à 45% du programme d’étude ; il en résulte un taux de redoublement de 27% qui a des répercussions sur le déroulement des études secondaires. Dans l’Enseignement Supérieur, notamment à l’Université de Lomé, la concentration à 80% des effectifs dans les filières littéraires et paralittéraires contraste avec les exigences d’un monde en pleine mutation scientifique et technique.

Dans le domaine de la santé, le paludisme demeure la première cause e mortalité dans notre pays avec 18% des décès ; le nombre de lits d’hospitalisation a diminué de 40% en raison de la vétusté des lits mis hors d’usage. L’effectif du personnel médical et para médical a connu une contraction de 41%. Le nombre de médecins pour 1000 habitants est passé de 1 pour 12000 début 2000 à 1 pour 36.500 en 2005 soit une diminution de 200% ; pendant ce temps, la dépense médicale moyenne par habitant est passée de 2300 FCFA à 4200 FCFA soit une augmentation de 83%. L’espérance de vie à la naissance est descendue de 55 ans à 49 ans ; le taux de prévalence du SIDA est estimé à 6% de la population adulte (15-49 ans) avec un taux de 9% pour la ville de lomé. L’accès à la nourriture s’est dégradé pour 69% des ménages togolais ; la malnutrition affecte un enfant sur quatre de moins de 5 ans ; le taux de mortalité infantile avoisine les 146 pour 1000.

D’une manière générale, les conditions de vie des togolais se sont dégradées sous l’effet de l’augmentation du prix des carburants et des biens de consommation, de la crise énergétique, de la mise en chômage des travailleurs des sociétés d’Etat, de la tergiversation des pouvoirs publics pour la mise en œuvre des engagements du Dialogue Social tripartite du 11 mai 2006.

Sur le plan politique, la démocratisation de notre pays bat de l’aile depuis le début des années 90. Après les échecs répétés des tentatives de la Commission Mixte paritaire de 1992, du Dialogue inter togolais de 1999, l’Accord politique global du 20 Août 2006 s’est soldé par un marché de dupes que confirme la volonté des dirigeants actuels de maintenir à leur profit les modifications de notre loi fondamentale de 2002 à 2005.

Le Togo, comme le reste des pays africains, seul, est incapable de promouvoir le développement global. Au bout de 40 ans d’existence, les Communautés Economiques Régionales (CER) n’ont pas non plus apporté des solutions à nos problèmes.

L’Etat-nation, sommé par l’histoire d’accoucher d’une classe dirigeante et confronté aux défis de la modernité n’en finit pas de se décomposer dans les diaclases ouvertes à l’intérieur de la République par les rivalités ethniques. Dans les sociétés occidentales, la classe dirigeante naît de la filiation du Politique et du théologique sous la double forme de la vicariance de la fonction du Roi et de l’identification de l’Empereur au Christ. En Afrique, c’est ce dernier modèle païen qui a triomphé par le jeu de la délégitimation du Sacré et du Peuple. Il nous faut donc aller rapidement à l’Unité Africaine avec tous les Etats ou ceux qui en ont la volonté politique. Il faut le cas échéant constituer au plus vite le noyau dur qui aura un effet d’entraînement sur le reste du continent

1.3- L’urgence de l’unité africaine, comme horizon indépassable

L’expérience de ces quarante dernières années nous confirme que nous ne pouvons plus tergiverser. Il faut renverser les paradigmes.

La souveraineté, pierre d’angle de l’Etat moderne appartenait jadis au Roi. Mais elle a été transférée au peuple dans les régimes démocratiques. Aujourd’hui en Afrique elle sert d’alibi aux dictatures et aux régimes anti-démocratiques mal élus qui veulent s’éterniser au pouvoir, qui prennent leurs populations en otage et qui pillent les ressources communes. Désormais la souveraineté doit aller de pair avec la responsabilité. En cas de déficit de responsabilité vis-à-vis des populations, notamment le massacre des civils par le pouvoir en place, c’est l’Union africaine ou le Conseil de sécurité des Nations Unies qui doivent se substituer à l’autorité établie.

La non ingérence de nos jours, c’est le droit de massacrer en toute impunité ceux qui veulent lutter pour la promotion de l’intérêt général. Elle doit être couplée avec la non indifférence pour dissuader les entreprises criminelles des régimes anti-démocratiques. Il faut donc créer le gouvernement continental ou régional pour donner plus de chance à la démocratie et au développement. Aujourd’hui le doute n’est plus permis. Regardons vers l’Asie. Les pays émergents et en particulier la Chine nous montrent la voie :

Un espace géographique étendu et écologiquement protéiforme, des institutions politiques durables et stables, une volonté inébranlable de compter sur ses propres forces, l’émancipation vis-à-vis des grandes puissances et le choix stratégique de l’industrialisation dans le processus de développement tels sont les facteurs déterminants et invariants du succès. Le débat sur l’unité africaine ne saurait se perdre dans les méandres des micro- nationalismes étroits et surannés. Pour bâtir une Afrique nouvelle au 21è siècle, nous devons choisir le régime d’historicité de l’avenir. Aux temps incertains des hommes et aux temps souverains des dieux, nous devons associer le temps des bâtisseurs d’une Afrique nouvelle tout de progrès et de solidarité.

II- PROPOSER UN PROJET DE SOCIETE

Face à la complexité du réel et au poids de l’incertitude, nous voudrions faire prévaloir une vision de l’avenir, une perspective qui doit nous rassembler. Il n’y a pas de vision historique sans la prise en compte du temps historique c’est-à-dire la tension qui existe entre l’expérience et les attentes des individus. Cette tension, c’est un mouvement vers…; c’est aussi une vitesse et un rythme ; c’est enfin une orientation irréversible à laquelle doivent tendre toutes nos énergies. Nous voulons créer une citoyenneté solidaire et responsable. Pour ce faire, nous devons réaffirmer le caractère républicain de notre pays, partout menacé par des dirigeants ensorcelés par des chimères monarchiques, clarifier notre rapport aux Institutions et à la Loi fondamentale de notre pays, créer une société de solidarité, une société citoyenne et une économie de marché susceptible de tirer profit des opportunités offertes par la mondialisation.

2.1- De la nécessité de restaurer la République dans ses fondements démocratiques

Après les tâtonnements des premières années de l’indépendance et les espoirs déçus, l’aventure du Parti unique et ses dérives autocratiques, le Togo, notre pays, s’est installé au début des années 90 dans une crise institutionnelle sans précédent marquée par le télescopage du refus de l’alternance des dirigeants du parti au pouvoir et de la volonté de changement maintes fois exprimée par le peuple togolais toutes ethnies confondues à l’occasion des différentes consultations électorales qui ont ponctué la vie politique togolaise de 1993 à 2005. La crise de succession qui a endeuillé le Togo avant, pendant et après l’élection présidentielle du 24 Avril 2005 traduit bien la persistance d’une situation d’exception qui n’en finit pas d’affaiblir notre pays dans tous les domaines : prévarications, concussions, prises d’intérêts illégales, tribalisme et exclusion tels sont les oripeaux dont se parent les nouveaux maîtres.

Or la République, c’est notre maison commune, notre bien à nous tous que l’histoire nous a léguée. C’est elle qui nous rassemble par delà de nos différences ethniques, culturelles et sociales. Elle nous rassemble autour de la loi fondamentale que nous nous sommes donnée ensemble par référendum le 27 septembre 1992 et que d’autres parties du corps social ne sauraient travestir par convenance personnelle sans mettre en cause la paix sociale et l’unité nationale. Elle nous donne des droits égaux, mais elle nous impose aussi des devoirs auxquels nul ne saurait se soustraire. Aujourd’hui, nous devons bâtir une République nouvelle car notre histoire récente montre à suffisance que des intérêts égoïstes continuent d’éloigner le peuple togolais des idéaux républicains.

C’est pourquoi, notre première préoccupation est de rendre justice aux togolais pour les atteintes matérielles physiques et morales qu’ils ont subies au cours de ces 20 dernières années par l’action de l’État et des hommes politiques.

Par rapport aux violences électorales du 24 Avril 2005, il faudra mettre en place rapidement une commission de contrôle des évaluations de la Commission Nationale Spéciale d’Enquête Indépendante et indemniser toutes les victimes. SI elle est efficace, la justice conduit à l’apaisement des cœurs et des esprits et favorise la réconciliation nationale. Dans le cas de notre pays, elle permettra d’exorciser les démons du passé et de renforcer l’unité nationale.

 

 

2.2- De la nécessité de clarifier notre rapport aux institutions et à notre Loi fondamentale

 

2.2.1- Du type de régime politique

La République, c’est aussi des institutions politiques adaptées aux exigences du monde moderne.

A cet égard la Constitution Togolaise du 14 Octobre 1992 doit être restaurée et modernisée dans le sens d’un parlementarisme intégral. Conçue pour corriger les dérives autocratiques du passé et préparer la démocratisation du pays, elle s’est révélée à l’expérience fourbue de pièges dont notamment le conflit de légitimité entre le Président de la République et le Premier Ministre lorsque les deux protagonistes de l’Exécutif appartiennent à des partis politiques différents. L’autre piège c’est la vicariance de la fonction de Premier ministre lorsque ce dernier et le Président de la République appartiennent à la même formation politique. Dans nos sociétés fondées sur la personnalisation des rapports, il est difficile aux hommes de cohabiter au sommet de l’État et d ‘agir de façon convergente pour sauvegarder les intérêts supérieurs de la Nation. Très vite les conflits institutionnels tendent à se transformer en querelles de personne voire en querelles ethniques et finissent par mettre en danger la paix sociale. SI le régime présidentialiste favorise la discussion, le régime parlementaire développe l’action, l’efficacité et la rapidité des décisions.

C’est pourquoi, en tirant les leçons du passé et en tenant compte des impératifs de développement, nous nous devons, pour des raisons d’efficacité, de donner la préférence au régime parlementaire intégral pour enraciner la culture démocratique dans nos pays. D’où la nécessité de rétablir la Constitution du 14 Octobre 1992, et d’y introduire les aménagements, qui renforcent l’action du Parlement et préservent l’Exécutif des conflits de compétences, qui peuvent opposer les légitimités dans la conduite de l’action gouvernementale.

2.2.2- Quel type de scrutin ?

Il faudra réintroduire le scrutin majoritaire uninominal à deux tours pour les élections Présidentielles et Législatives.

S’agissant des élections locales et régionales, le scrutin proportionnel avec la plus forte moyenne pourra être retenue afin d’assurer une participation large des différents courants de pensées politiques à l’enracinement de la démocratie à la base.

2.2.3- De la durée des mandats

Il faut pour tous les mandats électifs une durée de Cinq ans renouvelable une seule fois.

2.2.4- De l’importance de la décentralisation et la primauté des élections locales

La création d’un cadre institutionnel durable passe aussi par la promotion d’une décentralisation raisonnée.

En effet, l’expérience passée, les exigences de l’heure et le pari sur l’avenir imposent aujourd’hui un partage des responsabilités entre l’État et les collectivités territoriales c’est-à-dire les communes, les préfectures et les régions en vue de créer des synergies salutaires au développement de notre pays. A cet égard, l’inapplication de la loi N° 98-006 de 1995 sur la décentralisation a été cruellement ressentie surtout dans la capitale et les villes secondaires où nombre de problèmes, tels l’amélioration de l’environnement, le développement des services sociaux notamment l’Enseignement, la Santé et la Formation professionnelle échappent à la sagacité des responsables politiques en raison de l’extension géographique des zones urbaines et de l’importance de la croissance démographique.

C’est pourquoi, il faut organiser rapidement les élections locales. Grâce au scrutin proportionnel de liste bloquée, ces élections pourront favoriser la coexistence des différentes formations politiques au sein des conseils qui seront de véritables structures d’apprentissage de la démocratie, de dialogue et de collaboration en vue de promouvoir le bien commun. Elles favorisent l’esprit de responsabilité et de solidarité parce que le citoyen aura pris conscience des interactions entre le milieu local et l’État et surtout des compromis nécessaires au renforcement de la cohésion nationale. Du reste, le caractère limité des avantages matériels liés à la vie politique locale favorisera l’émergence d’hommes politiques désintéressés et plus dévoués à la cause commune.

Donner la préférence aux élections locales, c’est éviter d’exacerber les rivalités traditionnelles qui divisent la classe politique et que l’élection présidentielle par nature à tendance à aggraver. Quoi de plus significatif pour les partis politiques que de tester leur influence sur le terrain par des enjeux locaux, d’évaluer les rapports de force, l’indice général d’orientation entre la modernité et l’ethnicité du pays et de construire la nouvelle image du paysage politique togolais ?

Ainsi, notre système politique pourra allier, dans un équilibre dynamique la légitimité politique locale à l’expression des compétences aux deux niveaux législatif et exécutif. Ainsi mis en place, un cadre institutionnel moderne offre les conditions d’une révolution culturelle dans notre pays, celle de la citoyenneté.

2.3- Créer une société solidaire

La solidarité, c’est l’éducation pour tous, la santé pour tous, l’accès aux emplois sans distinction d’origine ethnique ou d’appartenance politique.

2.3.1- L’éducation pour tous

La République est aussi garante de l’épanouissement de l’individu en lui, assurant une éducation adaptée aux exigences du monde moderne. L’éducation est au centre des changements qui permettent à l’homme de dominer la nature et de l’exploiter à son profit. C’est pourquoi un accent particulier doit être mis sur la reforme de l’enseignent amorcée et abandonnée depuis 1975 et qui aurait permis à notre pays d’adapter le contenu de l’enseignement ainsi que les méthodes pédagogiques aux réalités socioculturelles de notre pays et aux défis du monde moderne. Dans cette perspective, tous les degrés d’enseignement devraient faire l’objet d’une attention particulière ; tout doit être mis en œuvre en vue de l’amélioration de leur rendement pédagogique comme de leur rendement socio-économique. En relation avec l’éducation, la citoyenneté permet de renforcer les identités culturelles des groupes sociaux c’est-à-dire l’ensemble des signes et des symboles qui permettent à l’homme togolais de se reconnaître et de s’affirmer comme un sujet historique. Il faut admettre à l’homme togolais de se reconnaître et de s’affirmer comme un sujet historique. Il faut admettre que la première richesse d’un pays dans le processus de développement est en dernier ressort l’homme et qu’à ce titre, tout doit être fait pour qu’il puisse améliorer de façon continue ses connaissances et s’améliorer lui-même en tant qu’individu.

2.3.2- L’égalité d’accès aux emplois publics

La République doit reconnaître les mérites et les talents de tous et agir en toute équité dans l’octroi des responsabilités et la distribution des revenus. En République, il n’est d’autres privilèges que celle liés directement au mérite et au talent.

Pendant longtemps, notre pays a souffert de cette confusion des genres qui consiste à assurer la promotion de nombre de togolais sur des bases ethniques, régionales ou partisans. Il en résulte une dégradation du niveau de qualité des prestations offertes par nos administrations et du sens de l’intérêt général. Dans ces conditions, comment ne pas comprendre la démotivation des cadres compétents qui se sentent ainsi brimés et qui souffrent de voir des agents médiocres occuper les premières places ?

Si l’orgueil consiste à se prévaloir des qualités que l’on possède, la vanité se réduit à revendiquer les qualités que l’on ne possède point. Cette affirmation s’applique non sans amertume à la situation de notre pays surtout dans les sphères de l’administration et de la politique au cours de ces trente dernières années.

Il importe donc d’éduquer les togolais à reconnaître en l’Autre le mérite et le talent et à accepter dans l’intérêt de tous que la compétence devienne désormais l’un des premiers critères de sélection et de récompenses des individus.

2.3.3- la santé pour tous

La République doit garantir à l’individu une bonne santé par la lutte contre les grandes endémies, la mise à la disposition des populations de médicaments à des prix a abordables. L’homme ne saurait participer à l’œuvre de construction nationale s’il ne jouissait d’un minimum de couverture moderne, la médecine de type traditionnel mérite une attention particulière afin qu’elle soit dépouillée de toutes les pratiques irrationnelles qui l’affectent aujourd’hui.

2.4- Créer une société citoyenne

2.4.1- construire la citoyenneté

« Nul ne détient la vie que chacun reçoit et transmet et toute conscience possède une égale dignité à cause du caractère infini de la raison »

Quelle que soit son origine, l’homme togolais doit devenir un citoyen pour être en mesure de participer de façon active et efficace à la construction du Togo. En faisant du togolais un citoyen à part entière nous l’aidons à abandonner les réflexes ethniques, à transcender les clivages de même nature et à contribuer à l’accélération du processus d’intégration nationale. C’est en devenant citoyen qu’il peut prendre conscience des exigences de la construction d’une société moderne et favoriser ainsi l’émergence des élites qui se donnent la Nation comme champ de leurs ambitions et de leurs créations. Au cours de ces quarante dernières années, tous les régimes qui se sont succédé au Togo ont pris beaucoup de liberté avec la vie des Togolais tant sur le plan physique que dans les domaines moral, matériel, économique et financier. Il faut donc remplacer l’homme togolais au centre de l’action politique, en faire la mesure de toute chose. Dès lors restaurer la République c’est favoriser l’émergence de l’homme togolais, intégré dans un réseau de droits et d’obligations.

2.4.2- lutter pour le droit à la sécurité physique

La République est garante de la sécurité de tous, de l’inviolabilité de la personne humaine, de tous les citoyens sans distinction aucune. Il ne saurait donc exister de conflit entre les forces de sécurité et les populations quelles que soient les circonstances. Tous les citoyens sont soumis aux lois de la République et nul ne peut disposer de la vie d’autrui. Au Togo, nos forces armées et de sécurité ont été instrumentalisées à des fins politiques par une partie de la classe politique pour assurer leur maintien au pouvoir. Cette stratégie a atteint son apogée à la suite de la disparition subite de l’ancien président de la République ; mais dans leur grande majorité, les forces armées et de sécurité sont conscientes du changement de la nécessité d’une politique nouvelle qui les libèrent des servitudes d’une intervention intempestives dans la vie politique. Les formes armées et de sécurité togolaises méritent le respect et la confiance du peuple togolais car elles ne sont ni les complices des forces qui ont perpétré le premier coup d’État du 13 Janvier 1963 ni les héritiers des putschistes du 13 Janvier 1967. A maintes reprises, elles n’ont pas apporté leurs suffrages au candidat du parti au pouvoir lors des différentes consultations électorales que notre pays a connues depuis les années 90.

2.4.3- consolider la liberté de conscience

La République est aussi garante de la liberté de conscience, l’un des premiers droits de l’homme car c’est lui qui permet de respecter sa dignité

d’homme et de sauvegarder l’apanage de la raison dans la construction des rapports sociaux.

Dans ce domaine, la loi ne saurait nous éloigner des principes sacrés de la morale naturelle qui, en tout homme veille à ce qu’il soit constamment tourné vers le bien. La liberté de conscience, c’est ce qui distingue l’homme de l’animal et qui permet d’affirmer par voie de conséquence l’individualité de chaque être humain.

2.4.4- consolider l’esprit de responsabilité

Si la République garantit à l’individu des droits, elle lui impose en retour des devoirs.

Être citoyen c’est aussi avoir le sens du bien public, c’est refuser la prévarication, la gabegie et le pillage des ressources publiques ; c’est aussi développer le sens de la solidarité envers les plus faibles, développer le sens du sacrifice, de la tolérance et de la culture de la paix sans laquelle aucune œuvre durable n’est possible. C’est parce que bien souvent nos sociétés sont fondées sur des politiques d’exclusion que certains groupes sociaux en viennent à se rebeller de façon violente contre le pouvoir établi. Bien des exemples en Afrique sont édifiants à cet égard.

La citoyenneté, c’est une construction de l’homme dans ses rapports avec l’Autre. C’est une nouvelle anthropologie, celle de la raison qui élève les esprits au niveau de l’intérêt général. Devant la faillite financière de l’État, la crise institutionnelle sociale et morale qu’aggravent l’accroissement de la pauvreté et le développement du sentiment d’injustice, les rebellions naissent comme des réponses à l’exigence de changement que requiert toute société.

C’est pourquoi nous devons assurer la bonne gouvernance politique et économique dans l’intérêt général. Après les méthodes autocratiques de ces quarante dernières années et dont les résultats sont catastrophiques en raison de l’indifférence et de l’apathie des populations à l’égard de la chose publique, le Togo ne saurait se payer le luxe pour la décennie qui vient de « nouer la nouvelle corde au bout de l’ancienne » il faut donc rompre avec les vieilles méthodes et inscrire notre pays dans la dynamique des valeurs de liberté, de progrès et de justice.

2.5- L’économie de marché et la mondialisation

Après l’étatisme des années 60 et 70, notre pays a opté depuis le début des années 80 pour l’économie de marché. Nous devons tout mettre en œuvre pour persévérer dans cette voie en prenant soin d’être maîtres de notre politique économique et d’améliorer constamment l’environnement des affaires. C’est pourquoi, nous adhérons pleinement aux normes internationales autour desquelles l’unanimité s’est faite ces dernières années :

« - un système juridique et judiciaire fiables pour l’exécution des contrats et la défense du droit de propriété,

- un marché financier et un système bancaire et de crédit efficaces,

- des infrastructures de communication de qualité pour la réduction des coûts et des délais,

- des systèmes d’informations exhaustives sur des indicateurs d’allocations de ressources tels que les prix, la disponibilité et la qualité des biens et services, la qualité du capital, et de la main-d’œuvre,

-une tolérance zéro de la corruption,

-la réduction de l’aléa de moralité dans les relations d’affaires. »

En tout état de cause, la République doit assurer la régulation des activités économiques. Tout en étant libéral, l’État doit assurer la régulation des activités économiques à la fois au plan interne et externe. Le libéralisme économique ne saurait être appliqué sans discernement dans un pays à structure sociale fragile et où les groupes sociaux n’ont pas encore atteint le degré de maturité leur permettant d’évoluer de façon autonome et convergente.

Il doit mener un combat sans relâche contre la pauvreté grâce à la fiscalité, au développement des activités génératrices de revenus, de la micro finance pour les catégories sociales défavorisées, à une meilleure gestion des ressources publiques et à la promotion des secteurs d’activité à forte valeur ajoutée tels que le tertiaire. A l’heure de la mondialisation et de la globalisation, l’économie de notre pays ne saurait être laissée à la merci des prédateurs de tous horizons. L’État doit conserver une grande capacité d’initiative afin d’orienter au profit de l’intérêt général les multiples initiatives divergentes qui sont prises ça et là dans les différents secteurs de l’économie. Plus que jamais l’État demeure en toute circonstance le principal centre de décision qui permet de garantir l’équilibre entre les différentes composantes de notre pays.

Pour développer l’économie de marché, l’État doit promouvoir la stabilité macroéconomique et favoriser le financement du développement, notamment par la maîtrise de sa politique monétaire. Dans cette perspective, nous devons en relation avec nos partenaires de l’UEMOA, adapter le fonctionnement de la zone franc aux exigences de l’Unité africaine.

III- RASSEMBLER LES TOGOLAIS DANS UN GRAND MOUVEMENT

En raison de la diversité ethnique de notre pays et de l’attachement des togolais aux valeurs de liberté et de sûreté, inscrites dans nos structures sociales de type décentralisé et héritées de nos vieilles traditions historiques, la construction de l’État de droit et de la démocratie n’exclut pas le rassemblement de nos concitoyens en vue de bâtir un Togo nouveau. Certes dans les années 70 l’idée avait été mise en œuvre dont se réclame aujourd’hui le parti au pouvoir mais les dérives qu’elle a engendrées conduisent à mettre l’accent sur les valeurs qui doivent guider notre mouvement.

Ainsi, notre mouvement est un mouvement de vérité qui rassemble des citoyens considérés comme des adultes et des responsables ;

C’est un mouvement pour la justice, l’égalité et l’équité ;

C’est un mouvement de solidarité envers les plus faibles ;

C’est un mouvement de progrès ;

C’est un mouvement ouvert qui veut coopérer avec les partis politiques qui partagent les mêmes valeurs et pour qui la question des élections libres, équitables et transparentes est un chemin obligé pour la dévolution du pouvoir.

Notre option en faveur de la démocratie est irréversible. Aujourd’hui, la question n’est pas de savoir si la démocratie est compatible avec la pauvreté. Pensée à partir de ses sources grecques et judéo-chrétiennes, la démocratie s’est renforcée dans les expériences historiques des sociétés occidentales. Or avant la Grèce et les expériences historiques, il y a une antériorité radicale de l’Éthique sans laquelle toute politique est l’apanage de la barbarie. C’est cette antériorité radicale de l’Éthique qui fonde l’équivalence logique entre démocratie et développement. L’Éthique est un phénomène « sui generis » ; elle est consubstantielle à l’homme et ne saurait se soustraire à l’Afrique.

Un mouvement de plus : diront certains. C’est exact. Mais, c’est un mouvement qui apporte un plus ; le plus de trente années d’expérience d’hommes et de femmes qui ont exercé d’importantes responsabilités administratives, politiques, scientifiques et techniques et qui, avec le recul du temps et la maturation des idées et des pratiques cultivent l’esprit de pauvreté et veulent se mettre à la disposition des togolais auxquels ils se sentent redevables de leur force de propositions. Après tant d’années passées à réfléchir, à, observer et à agir, nous avons la ferme conviction qu’il ne faut pas condamner les individus pour leur incapacité à agir car le plus souvent les valeurs dont ils sont porteurs ne sont pas en adéquation avec les exigences de l’action. En définitive, nous sommes un mouvement tolérant et sommes prêts à œuvrer de concert avec tous ceux qui recherchent le bonheur des togolais.

IV- BATIR DANS L’UNION UN TOGO SOLIDAIRE

A cette fin, nous nous fixons quatre objectifs à court, à moyen et long termes

Une maîtrise efficace et une réallocation des ressources internes par la fiscalité, en vue de lutter contre la pauvreté,

La mobilisation des aides internationales,

La promotion des investissements directs étrangers dans des secteurs porteurs,

La modernisation industrielle de notre pays à l’échelle régionale et continentale

4.1 Une maîtrise et une réallocation des ressources internes

Sous l’hypothèse d’une reprise lente et progressive de la coopération financière internationale avec notre pays, doit se cristalliser la volonté des dirigeants politiques de relancer l’économie togolaise par une maîtrise et une réallocation des ressources internes au profit de la consommation finale. En attendant donc que soient réunies toutes les conditions d’une mobilisation des ressources extérieures, les pouvoirs publics devront assurer le contrôle en temps réel grâce à des procédures informatiques de toutes les recettes du pays et leur dépôt journalier à la BANQUE Centrale dans un compte rémunéré. Elles devront également assurer un contrôle en améliorant le taux de pression fiscale, stimuler la demande intérieure à travers l’accroissement de la consommation et de l’investissement.

Pour ce faire, le gouvernement devrait laisser ce taux au-delà des 17,3% prévus dans le cadre du Pacte de convergence, de croissance, de stabilité et de solidarité de l’UEMOA. L’effet recherché est d’accroître les revenus pour accroître le pouvoir d’achat, stimuler la demande intérieure et les investissements, accroître les importations de biens intermédiaires pour, in fine, accroître les recettes de l’État. Les mesures à pendre doivent intervenir dès maintenant pour inverser rapidement la courbe du déclin et enclencher une dynamique nouvelle comme l’expression d’une confiance qui renaît et provoquer, grâce à l’effet d’annonce, un choc psychologique nécessaire à la mobilisation de l’opinion.

4.1.1- Les mesures d’amélioration du cadre macroéconomique

Parmi les mesures à prendre pour améliorer le cadre macroéconomique, il conviendra :

D’élargir la base imposable par la fiscalité du secteur informel,

De poursuivre l’informatisation de Direction Générale des douanes et de la Direction Générale des impôts,

De renforcer la capacité humaine et matérielle de ces directions,

De mettre en place un guichet unique pour le recouvrement des recettes fiscales et douanières,

D’améliorer les recettes relatives aux redevances de concession notamment le Port Autonome de Lomé, de contrôler l’ensemble des sources de recettes de l’Etat,

D’améliorer l’efficacité et l’efficience des dépenses en tenant compte des priorités nationales,

De renforcer la lutte contre la corruption

De recenser les personnels de l’État,

D’améliorer les dépenses des matériels,

De réduire la dette publique, notamment par émission de bons de trésor sur le marché national et le marché régional de l’UEMOA,

De compléter les institutions du pays par la mise en place de la Cour des Comptes, du Conseil Économique et Social.

4.1.2- Lutte contre la pauvreté

Dans le cadre de la lutte contre la pauvreté, le gouvernement a adopté un document intérimaire de stratégie de réduction de la pauvreté (DISRP), mis en place un programme d’amélioration des moyens d’existence des populations (PAMEP) et un projet pilote de fonds social exécuté par des Agences d’Appui aux Initiatives de Base (AGAIB).

Le DSRP vise à atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) ; le PAMEP a pour objectif de développer et diversifier les activités économiques des populations pauvres, d’améliorer l’offre et la qualité des services sociaux de base, de renforcer les capacités de maîtrise d’ouvrage et de négociation des acteurs locaux.

Ce programme a permis la construction de CEG, des dispensaires des d’ouvrages hydrauliques. Quant au projet pilote de fonds Social exécuté par les AGAIB et dont l’objectif est de contribuer à l’amélioration des conditions de vie des populations les plus démunies, il a permis de financer 94 projets sur 250 retenus soit un taux d’exécution de 38% dans les domaines des infrastructures collectives et du renforcement des capacités. Mais ces efforts demeurent insuffisants en raison de nombreuses contraintes dues à la faiblesse du taux de croissance de l’économie, de la faiblesse des ressources budgétaires, et du climat sociopolitique et au poids de la dette publique.

C’est pourquoi, il faudra :

Procéder à une augmentation de 20% des salaires des agents de la fonction publique et du secteur privé, ainsi que des pensions et des bourses, rendue nécessaire par la diminution du niveau de vie de 30% au cours de ces deux dernières décennies. Elle viserait environ 100 000 ménages soit en réalité 630 000 personnes c’est-à-dire un peu plus de 10% de la population togolaise si l’on compte 6,3 personnes par ménage

Rembourser la dette commerciale en payant en priorité les entreprises de services et de production dont la valeur ajoutée est générée principalement par les matières locales. Ces entreprises sont non seulement insérées dans le tissu productif national mais en plus elles emploient une main d’œuvre dont la consommation incompressible est loin d’être atteinte, notamment dans les domaines de la santé et de l’éducation.

Accroître les revenus directs du secteur informel en vue d’accroître par une baisse significative d’impôts de l’ordre de 50%. Ce secteur représente environ ¼ du PIB, 33% de la valeur ajoutée de la branche des industries manufacturées, 37% de celle du commerce et 52% de celle des services.

Diminution de 50% de la TVA sur les produits de première nécessité c’est-à-dire les médicaments, les produits alimentaires hors tabacs et alcools aurait aussi un effet stimulant sur la consommation de ces biens et allègerait les difficultés des catégories sociales les plus défavorisées.

4.1.3- Mesures de soutien techniques à l’économie

Pour faire jouer pleinement les effets de ces mesures, le gouvernements devra aider, par les actions spécifiques, au renforcement des capacités techniques et humaines des micro entreprises de production et de services et à l’optimisation de leur fonctionnement par une meilleure organisation interne, une meilleure exploitation de l’espace urbain, une amélioration de la qualité de leur produits et de leurs prestations. Doivent être envisagées des actions de sensibilisation par branches sous forme de séminaires pilotes par la Chambre de Commence et l’Industrie du Togo et des interventions sur toute l’étendue du territoire notamment dans les zones urbaines.

4.2 La mobilisation des aides internationales

Nous devons conclure un programme avec le fonds monétaire international et la banque mondiale pour concrétiser notre éligibilité à la remise d’une partie de notre dette extérieure et organiser une conférence des bailleurs de fonds. D’ores et déjà l’Union Européenne a repris son assistance à notre pays. Nous devons donc veiller à ce que notre pays ne retombe pas dans les travers du passé par notre accoutumance au déficit démocratique, et à la mauvaise gestion.

4.3- La promotion des investissements directs étrangers

Les opportunités d’investissements dans notre pays sont variées. Elles sont notamment localisées dans les secteurs suivants : la finance, les télécommunications, l’agro-industrie alimentaire, l’industrie chimique, les nouvelles technologies de l’information et de la communication, les transports (routes et chemins de fer), le tourisme et l’hôtellerie.

4.3.1- Le caractère porteur du secteur tertiaire

La nécessité d’ouvrir le Togo sur l’extérieur s’explique par les opportunités offertes aujourd’hui par la mondialisation aux économies en développement où le secteur tertiaire notamment les services jouent un rôle prédominant. Ce rôle est rendu possible grâce à la sous-traitance des taches administratives et financières dans les pays en développement en raison de la diminution du coût des télécommunications et du transport, l’internationalisation des processus de production et la répartition des différents stades de la production de la valeur ajoutée.

Les services

Ce secteur a connu depuis vingt ans une progression spectaculaire soit un accroissement de 100% en valeur. Rien que de 1994 à 1997, les exportations mondiales de services ont augmenté de 25%. En 1997, la moitié des flux des capitaux vers les pays en développement consistait en investissements étrangers directs dont les 2/3 portaient sur le secteur des services. C’et un secteur à forte valeur ajoutée et créateur d’emplois ; enfin c’est un secteur qui favorise l’urbanisation et la promotion d’une véritable économie urbaine. A titre d’exemple, nombre de pays développés dont les Etats-Unis et de pays en développement dont l’Inde et le Vietnam ont connu des progrès significatifs grâce au développement des nouvelles technologies de l’information et de la communication.

Ainsi, aux Etats-Unis, après 20 ans de progression annuelle de la productivité de 1% en moyenne, le rythme est passé à 3% par an depuis 1995.

En Inde, elles ont permis de promouvoir les exportations du secteur tertiaire et de créer des emplois. En 1999, ce secteur a généré un chiffre d’affaires de 8 milliards de dollars soit une multiplication par 15 par rapport à son niveau de 1990. De cette dernière date à 1999, les exportations sont passées de 150 millions de dollars à 4 milliards de dollars. Ce chiffre pourrait atteindre 50 millions de dollars en 2008.

Quant aux emplois, qui étaient de 180 000 en 1998, ils pourraient passer de 2 millions en 2008 (BM, 2000).

D’une manière générale, l’innovation technologique a des effets positifs sur l’économie en développement. Au Vietnam, la collaboration entre chercheurs et industriels a permis la mise au point et la production au moindre coût de l’athéisme, un antipaludéen qui a eu pour effet de réduire de 97% entre 1992 et 1997 le nombre de victime du paludisme (BM, idem).

Fort de ces exemples, notre pays pourrait tenter l’expérience d’une accumulation de capital à partir du développement des activités du secteur tertiaire. Dans ce domaine, il dispose de sérieux atouts : des ressources humaines de qualité, une population jeune et ouverte sur le monde, si l’on en juge par l’engouement que suscite Internet dans nos villes, un environnement physique varié et attractif, des potentialités touristiques indéniables, des infrastructures économiques de qualité dont notamment un bon réseau de télécommunications, un port en eau profonde appelé à devenir un port à valeur ajoutée dans la sous région, une zone franche de transformation industrielle pour l’exportation.

Enfin, notre pays est renommé pour sa grande tradition d’hospitalité et d’ouverture au monde. Dans cette perspective, quelle stratégie mettre en œuvre ?

services et mercatique internationale

Il faut d’abord produire une image nouvelle du Togo à l’extérieur, nous aimer nous-mêmes d’abord pour nous faire aimer des autres, nous faire beaux pour devenir prospères. Peut-être faudrait-il mettre un terme à l’avantage apparent que les grossièretés ont tendance à prendre sur les bonnes manières dans notre pays, détruire l’image de la haine et de la rancune qui accompagnent souvent nos propos, sonner le glas des invectives politiques, abandonner la culture de la méchanceté qui consiste à ne trouver grâce qu’à ses propres yeux et à dénigrer systématiquement l’Autre, délivrer les Togolais du syndrome du jeu à somme nulle, arracher aux ethnies les stéréotypes dans lesquels elles s’enferment les unes les autres, bref promouvoir une identité faite de cosmopolitisme, de tolérance et de délicatesse .

Il faudra aussi améliorer l’image de marque du Togo par une mercatique internationale pointue aux quatre coins de la planète en multipliant les opérations de relations publiques et de promotion des investissements.

services et développement urbain

Outre une bonne image, le développement du secteur tertiaire requiert un vaste programme d’équipements et de modernisation de nos villes, un réaménagement de l’espace urbain pour favoriser l’implantation de sociétés étrangères et améliorer la circulation urbaine. Il faut aussi donner plus de chance à la décentralisation municipale en vue d’accroître l’efficacité de la lutte pour l’amélioration de l’environnement, permettre aux régions de mieux valoriser leurs potentialités humaines et matérielles dans le cadre de grands projets régionaux.

En mettant nos villes en réseaux, par exemple Lomé-Tsévié-Tabligbo-Vogan-Aného pourraient accueillir un centre international de recherche océanographique, un établissement de thalassothérapie etc.

On se prend à rêver des ponts qui surplombent la lagune de Lomé et qui drainent le trafic de la ville jusqu’au front de mer par des voies larges et rectilignes, des voies express qui fluidifient la circulation entre la périphérie et le centre de la ville de Lomé, de la navette ferroviaire qui relie le nord de Lomé au centre de la ville, du boulevard lagunaire, de l’héliport qui dessert les villes de la sous région et de nombreuses sociétés étrangères implantées dans notre capitale.

Un autre exemple, Blitta-Sokodé-Bassar-Kambolé pourraient accueillir un centre international de recherche technologique sur la kola, produit de grande consommation dont les effets toniques sont connus et qui couvrent des pays comme la Cote d’Ivoire, le Togo, le Burkina-faso, le Niger, le Mali et le Nigeria, un centre international de recherche et d’enseignement supérieur islamique etc.

D’autres réseaux urbains sont envisageables à l’intérieur du pays avec des spécifications qui tiennent compte des potentialités régionales.

services et savoir

Il faudra investir dans le savoir, notamment dans la formation scientifique car l’expérience atteste qu’il existe une relation positive entre le nombre d’étudiants inscrits dans les filières scientifiques dans un pays et le taux de croissance observé par la suite (BM 2001), ce qui laisse augurer un avenir radieux aux lycées scientifiques dans notre pays.

Du reste, bon nombre d’études tendent à montrer que plus le niveau de qualification des employés est élevé, plus le chiffre d’affaires d’une entreprise tend à augmenter.

Dans la compétition internationale actuelle, les pays d’Asie constituent nos principaux concurrents. Nombre d’entre eux, tels la Corée du Sud, la Thaïlande, Hong Kong, Singapour ont pris une avance sur les pays d’Afrique mais ils commencent à manifester des signes d’essoufflement comme en témoignent la crise financière de 1997 et certains désavantages liés à des épidémies mystérieuses.

L’objectif aujourd’hui est donc de rendre nos pays plus favorables en vue d’attirer davantage les capitaux étrangers.

Pour ce faire, nous devons faire enter le Togo dans la civilisation du tertiaire et du quaternaire, source de profit et d’accumulation de richesses. Ce pari, nous pouvons le gagner à condition de créer un consensus national durable sur les choix stratégiques de développement en vue de jeter à terme les bases d’une nation moderne.

4.3.2- Assurer la modernisation industrielle de notre pays

Le secteur industriel offre également des opportunités d’accumulation du capital et de progrès. Cette modernisation devra s’articuler autour des actions suivantes :

La généralisation de la machine à tous les secteurs d’activité économique avec pour effets le développement des projets de productivité sectoriels, la maîtrise de l’eau, de l’énergie, le développement de la recherche minière et l’amélioration de l’environnement,

l’intensification de la recherche –développement par les entreprises avec le concours de l’État,

La promotion d’une révolution technologique endogène,

la réforme des filières de l’enseignement technique et de la formation professionnelle par le développement des filières industrielles

La création d’un centre national de la recherche scientifique englobant toutes les sciences,

La création d’établissements technologiques,

le développement du compagnonnage industriel avec les pays d’Asie en particulier,

la création des Lycées scientifiques par région économique

En définitive, la politique économique doit reposer sur une cohérence étroite entre les principaux indicateurs de performances économiques suivants :

Un taux de croissance du PIB réel par habitant d’au moins 10%

Un taux d’épargne brute de l’ordre de 30%

Un taux d’investissements publics de l’ordre de 25%

Un taux d’investissements directs étrangers de 30%

Un taux de production industrielle d’au moins 10%

Un taux des exportations par rapport au PIB d’au moins 30%.

CONCLUSION

Notre mouvement veut parier sur l’homme, sur le Togolais. Ce faisant, nous sommes convaincus que nous faisons le bon choix car c’est avec lui que nous devons bâtir un Togo nouveau, moderne et prospère. Après le temps de l’espérance voici venu le temps de l’action.

 
© ORGANISATION POUR BATIR DANS L'UNION UN TOGO SOLIDAIRE (OBUTS)